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E.Motion propose de lancer, au cœur de Bordeaux, un circuit original, rythmé de soirées, de performances, de conférences, de projections et d’installations, incarnant la diversité des pratiques, des publics et des acteurs du monde électronique et des arts multimédia du fourmillant réseau bordelais. Grâce à une programmation qui allie ouverture d’esprit et exigence artistique, ancrée dans l’Histoire et dans le présent, E.Motion souhaite offrir une visibilité à ces cultures d’aujourd’hui, polymorphes et mutantes, en invitant des pionniers et des nouveaux talents, locaux ou internationaux, à électriser la ville dans un même élan.
Aujourd’hui, les musiques électroniques attestent d’innombrables ramifications dans le monde des arts, et simplement dans notre quotidien. Pourtant, à sans cesse les dissocier pour mieux les recombiner avec les autres formes de musiques et d’art dits ‘populaires’, elles font aujourd’hui encore, en 2009, figures d’aliens plus ou moins amicaux auprès du grand public, et pâtissent d’un discrédit tenace aux yeux des institutions |
Il est vrai que dès le début, le désir d’indépendance fut séminal dans leur développement. Nombre d’individus ont exprimé par leur biais un profond besoin d’échapper à un contexte social difficile. Il en est ainsi de la techno de Detroit et la house de Chicago des années 80, qui entraînent des hybridations improbables entre la radicalité idéologique du hip-hop, l’hédonisme disco-funk et le rigorisme formel et minimaliste hérité de l’usage des premiers synthétiseurs et boîtes à rythme. Composants fondamentaux du circuit proposé par E.Motion, ces courants précurseurs tracent les fils rouges, temporels autant qu’artistiques, d’un événement qui assume ses racines, dès lors qu’elles continuent à provoquer ou s’alimenter des interactions avec la scène actuelle. Loin de toute nostalgie inhibitrice, l’événement souhaite célébrer ses pères pour mieux s’en affranchir, en misant sur l’échange artistique avec le réseau bordelais.
De cet éclatement des genres issu des Etats-Unis., émergent des matrices créatrices autonomes et très personnelles, mais également désireuses de rapprochement social, éthique et esthétique. La prolifération de micro-labels et de réseaux de distribution à l’échelle mondiale touche alors le vieux continent qui sert du coup de chambre d’écho et de laboratoire social à grande échelle pour des groupes d’individus plutôt isolés. Les ruches se mettent à grouiller, des alvéoles stylistiques se forment, et l’essaimage commence tout azimuts, pour le meilleur ou pour le pire… une curieuse préfiguration de réseau global apparaît, alors qu’en bonnes voisines, les technologies de l’information amorcent leur révolution, tournée vers une obsession d’instantanéité et « d’omniquité ».
Puis, le ralliement de masses hétéroclites autour de ce mouvement électronique grossissant, a rapidement fait l’objet d’une récupération commerciale, qui a su conformer progressivement l’esprit fondateur et radical des débuts, à une industrie du loisir avide de « nouveautés ». En contre point, fort d’un nouveau réalisme, l’esprit de résistance a su perdurer et s’adapter aux outils forgés par l’ère du tout-communication. Une façon de se jouer des rouages d’un système lourd et vieillissant, manquant souvent de souplesse et d’inventivité face à des structures modestes, mais animées d’un authentique désir de créer de nouvelles formes d’expression.
Ce jeu d’actions et de réactions affiche ainsi des règles volatiles, qui s’équilibrent et se bouleversent au gré des espaces de libertés relatives où ces musiques s’implantent. Ce référentiel est-il spécifique aux musiques électroniques ? Le constat reste ouvert : malgré leur ultra-codification déroutante, elles s’harmonisent aux mondes du design, de l’architecture, de la mode, du cinéma, de la littérature, de l’art contemporain, pour converger vers un langage commun et universel (humain donc imparfait et fascinant !), celui du mouvement des corps et des idées, régi par des cycles imbriqués de vie, de mort, de renaissance, de contraction et d’expansion ; eux-mêmes soumis à des phénomènes d’extinction progressive ou de génération spontanée... et inversement.
E.Motion veut par conséquent s’inscrire comme témoin et acteur de ces cultures à Bordeaux, ferment d’une grande richesse pluri-artistique, en fédérant des lieux, des collectifs, des artistes, soucieux de partage vers le plus grand nombre et d’ouverture vers l’international. Invitant quelques figures tutélaires du mouvement électronique, l’événement souhaite également offrir un éclairage particulier à l’histoire de ces musiques et à l’héritage, dynamique et vivant, qu’elle laisse aux nouvelles générations.
E.Motion engage surtout un itinéraire urbain, décomplexé, festif et collectif, semé de temps de réflexion et d’expérimentations autour des arts électroniques et multimédia. Une volonté de rendre visible et accessible les interactions entre les êtres, les lieux et les formes. Un aboutissement, une étape, un point de départ. |